C’est par une très chaude après-midi que nous nous sommes retrouvés pour la dernière réunion de l’année. Notre rencontre fut donc chaleureuse (comme d’habitude).

Nous avons beaucoup aimé :

L’enfant de tous les silences de Kim Edwards : 1964. Une terrible tempête de neige paralyse le Kentucky. Le Dr David Henry n’a pas le choix : il doit accoucher lui-même sa jeune épouse, Norah. Vient d’abord un magnifique garçon, puis une petite fille… trisomique. En un instant, David, persuadé d’agir pour le mieux, va prendre une décision tragique : il confie la petite à Caroline, son infirmière, qui doit la mener dans une institution spécialisée. A Norah, il annonce que le bébé n’a pas survécu. Mais Caroline choisit de sauver la petite et de l’élever comme sa propre fille. Des années plus tard, la vérité sur cet enfant de tous les silences ressurgit, et avec elle des conséquences dramatiques pour la famille déchirée…

Sois un homme Papa de Janine Boisard : Jean-Rémi et Olivia vivent à Neuilly avec leurs trois enfants. Olivia souhaite divorcer. Elle n’en peut plus de vivre avec un looser. Son boulot ? Jean-Rémi le doit au père d’Olivia. Et il stagne, lamentablement. Jean-Rémi se laisse accabler. C’est pourtant par amour pour sa femme qu’il a accepté cet emploi qui allait contre sa vocation. De son côté, Olivia a tout prévu. Son mari continuera d’habiter le grand appartement avec leurs enfants, dont il aura la garde. Ainsi pourra-t-elle mener plus librement sa brillante carrière d’avocate internationale. Un roman sur la difficulté d’être père.

Il faudrait leur dire de Carène Ponte : Six amis qui viennent d’avoir leur bac, font la promesse de se revoir tous les 5 ans. Mais rien n’est simple puisque la vie ne l’est pas. Une histoire d’amitié à l’épreuve du temps et de la vie. Un groupe d’amis comme on aimerait en avoir.

Une bonne épouse indienne de Anne Cherian : Loin de son pays natal Suneel s’est construit une vie réussie à San Francisco. Il entretient une liaison discrète avec la secrétaire de l’hôpital. S’inquiétant de son célibat, sa famille le fait revenir en Inde et l’oblige à se marier avec Leila, une jeune fille de sa caste. De retour à San Francisco, il reprend sa vie en négligeant Leila. Mais cette femme instruite saura rester digne et va s’accrocher à son mariage bancal. Histoire touchante.

La mort en miroir de Petronille Rostragnot : Bertrand, le mari de Lucille perd la mémoire à la suite d’un accident de la route. Lucie ne veut pas croire que son mari ait tenté de se suicidé et décide de mener sa propre enquête. Jusqu’au moment où la découverte d’un cadavre ressemblant trait pour trait à Bertrand va remettre en cause toutes ses certitudes. Qui est cet homme ? Que s’est-il passé le soir de l’accident ? Bon thriller psychologique.

Nous qui avons connu Solange de Marie Vareilles : Célestine, 107 ans, raconte son passé. Elle vit dans un village en Corrèz e. Elle s’est promise d’échapper à la vie de labeur à la ferme de sa mère. Mais elle devra élever ses frères et sœurs et se marier par dépit pour échapper à la violence de son beau-père, et abandonner ses études. En parallèle, Solange est enfermée dans une écome de préservation pour jeunes filles déviantes. Entre ces deux femmes se tissent un secret, un poids transmis de génération en génération. Ce roman se déploie sur un siècle donnant vie à 4 générations dont les rêves, les chagrins et les résistances font une seule et même histoire.

Atelier 4 d’Hélène Gestern : Hélène Gestern met en scène Irène Dobrynine, médecin généraliste libérale à Fontainebleau, qui vient d’apprendre le décès tragique de sa sœur cadette Natacha dont elle était très proche. Natacha travaillait comme ingénieure chimiste dans une usine d’Etampes appartenant à une multinationale, où l’on fabrique du papier écocertifié. Son corps a été retrouvé affreusement défiguré dans l’atelier 4, une partie de l’usine à laquelle elle n’accédait en général pas. Hélène veut comprendre ce qui est arrivé. Elle mène l’enquête avec une obstination mal comprise de son beau-frère Stéphane, le mari de Natacha, et de Bastien, son propre conjoint. Le livre suit les démarches d’Irène. Confessions de témoins, procès-verbaux d’interrogatoires de la police et de la Justice, entretiens avec d’anciens collègues rythment l’ouvrage. Au fur et à mesure de la progression de l’enquête, Irène découvre des aspects de la vie professionnelle de sa sœur qu’elle ignorait totalement. « Atelier 4 » est tout autant un roman à suspense qu’un roman social sur la souffrance au travail. En pointant le sort infligé aux lanceurs d’alerte, Hélène Gestern nous offre une œuvre d’une grande densité humaine et d’une époustouflante actualité.

Les femmes du bout du monde de Mélissa Da Costa : Autumn, la mère, et Milly, la fille, inséparables, gèrent un camping à la pointe sud de la Nouvelle Zélande. Un jour, Flore, une parisienne en qu^te de rédemption, débarque à cet endroit. Hantées par le passé mais bercées par les vents et les légendes maories, ces trois femmes apprendront à se connaître, se pardonner et s’aimer.

La faiseuse d’étoiles de Mélissa Da Costa : Arthur a 7 ans lorsque sa mère lui révèle un immense secret : Elle va bientôt partir en mission dans l’espace ! Pour cela il faut bien se préparer. C’est un récit bouleversant pour aborder le sujet douloureux de la maladie.

Marie-Claire de Marguerite Audoux : Ce roman, oublié de nos jours, a reçu le prix Femina en 1910. Il a obtenu un tel succès qu’un magazine féminin a pris ce nom de Marie-Claire. C’est un roman autobiographique. Orpheline, Marie-Claire est placée très jeune dans un orphelinat. Les règles sont strictes, mais la petite se fait quelques amies et surtout elle est prise en affection par Sœur Marie-Aimée. Puis, elle est placée comme bergère chez des fermiers. Avec beaucoup de naïveté, elle découvre le travail à la ferme. Elle n’est ni vraiment heureuse, ni vraiment malheureuse. Et puis, un jour, elle se découvre des sentiments pour le frère du fermier. C’est réciproque, mais la terrible patronne ne l’entend pas ainsi. Alors elle fugue pour retrouver Sœur Marie-Aimée. A la fin, sa sœur qu’elle n’a pas vu depuis 12 ans l’emmène avec elle. La suite fera l’objet d’un second roman. Le succès du livre tient à sa grande simplicité. Nous découvrons la vie à travers les yeux d’une enfant. C’est naïf, tendre et sincère. L’écriture est simple mais belle. Marguerite Audoux (1863-1937) écrivait pour le plaisir. Dans les années 1900, elle côtoie un cercle d’écrivains qui l’encouragent à se faire éditer. Elle publiera 4 romans. 

Nous avons aussi lu ou relu:

Petit Pays de Gaël Faye

Les ombres du monde de Michel Bussi

Les enfermés de John Grisham 

La fille au pair de Sidonie Bonec 

Le café des âmes sensibles de Fanny Marie Gufflet 

Il faut laisser les cactus dans le placard de Françoise Kerymer 

Les assassins de l’aube de Michel Bussi

L’usage du Japon de Emmanuel Ruben

Les fabuleuses femmes du Grand-Hôtel de Ruth Kvarnström-Jones

Comme l’oranger amer de Milena Palminteri 

Nous avons aussi débattu du livre de Rachid Benzine, « L’homme qui lisait des livres » qui a été une belle découverte pour nous. Voici l’histoire de cet homme :

En 2014 ; à Gaza, profitant d’une accalmie, un journaliste se promène dans les quartiers détruits par la guerre. C’est un champ de ruines, une décharge à ciel ouvert dans laquelle des vivants se traînent comme des fantômes. Plus loin, dans un quartier commerçant moins touché, un homme est adossé à la devanture d’une librairie. Il est plongé dans sa lecture. Il a entre 60 et 70 ans, mince, un corps érodé par le temps. Il porte en lui une résignation tranquille que l’on trouve chez ceux qui ont vu trop de choses et qui continuent malgré tout. Il y a tout dans cette scène . Tout ce que Gaza est devenue. Un vieux libraire accroché à ses bouquins, qui lit à deux pas des ruines. Le journaliste veut immortaliser cette scène. Mais au moment de prendre la photo, le vieux monsieur lui dit : «  Je ne vous connais pas. Vous ne me connaissez pas. Il serait peut-être plus aimable que nous prenions le temps d’abord de nous rencontrer. Alors, autour d’une tasse de thé et des piles de bouquins, l’homme va raconter son histoire.

Il s’appelle Nabil Al Jaber. Il est né en 1848 d’un père chrétien et d’une mère musulmane. Sa famille habite un petit village près de Haïfa. Ils ont une vie de travail sur une terre difficile à cultiver.

En 1947 l’ONU vote le partage de la Palestine en un état juif et un état arabe. Dans la nuit du 31 décembre 1947 au 1er janvier 1948, une organisation militaire israélienne investit le village et massacre une soixantaine d’habitants, pour venger, paraît-il, des juifs assassinés par des arabes. Son père est blessé et un soldat tire dans le dos de sa mère. Tous les habitants doivent quitter le village. Au bout de plusieurs jours de marche, ils arrivent à Nazareth. Puis ils sont regroupés dans le camp de réfugiés de Aquabat Jabr, près de Jéricho. Une dizaine de milliers de personnes chassées de leurs villages de tous coins de Palestine. A l’intérieur du camp ; on manquait de tout, dit-il. La seule ambition de nos parents : rentrer chez eux. L’espoir d’un retour les tenait en vie. Mais, avec le temps, ils ont commencé à comprendre que c’était un mirage dans le désert. C’est là que Nabil va grandir avec son frère aîné Moussa et sa sœur Maryam. Les enfants vont se plonger dans les livres pour apprendre. Moussa était de loin le plus brillant du camp. Mais un jour, il finit par comprendre que rien ne pourrait le tirer de cet endroit et il est devenu comme les autres, un spectre errant dans cette prison sans murs.

En 1966, son père décide de partir. Il trouve refuge dans le camp de Jabaliya en périphérie de la vieille ville de Gaza. Ils sont plus de deux cent mille réfugiés à s’y entasser. C’est là que Nabil va découvrir le théâtre grâce à un professeur français. C’est là qu’il rencontre Hiam qui va devenir sa femme. Ils vont jouer Hamlet devant la population du camp. Même les humbles, les analphabètes entendaient le texte, à leur façon, ils y glanaient des choses qui ne leur parlaient qu’à eux. Nabil dit aussi que les livres lui ont sauvé la vie.

Le 6 juin 1967, les israéliens attaquent le temps. Ses grands-parents sont écrasés par un char et Moussa est tué par balle. Son père, courageux, intime à ses enfants l’ordre d’étudier pour sortir de là. Nabil se fait remarquer. Avec son ami Hafez, sa sœur Maryam et Hiam, ils obtiennent une bourse pour étudier au Caire. Maryam va devenir avocate aux Etats-Unis. Hafez va devenir journaliste, Hiam obstétricienne et Nabil professeur.

Ils sont de retour à Gaza en 1973 après la guerre du Kippour. La ville s’étend de part et d’autres de la nouvelle frontière. D’un côté la bande de gaza, de l’autre le Sinaï. Hiam va monter des pièces de théâtre pour montrer aux enfants que le monde pouvait être réinventé.

Les années se passaient et la situation à Gaza ne cessait de se dégrader. Nabil avait envisagé de quitter le pays, mais Hiam disait que c’était leur devoir de rester d’essayer de transformer le quotidien des palestiniens. La résignation fait place à la révolte. En décembre 1987, c’est l’Intifada. Son fils est tué. Alors Nabil prend les armes. Il sera arrêté et emprisonné pendant 20 ans. C’est là que j’ai le plus lu, dit-il.

A sa sortie de prison en 2006, il a changé tout comme Hiam et Hafez. Gaza aussi. Le Hamas a pris le pouvoir et Israël fait le blocus de Gaza. En 2009, Israël fait pleuvoir des tonnes de bombes sur la ville faisant de nombreux morts. Nabil ne retrouvera jamais Hiam. J’ai tout perdu ce jour-là, dit-il. C’est à cette époque que j’ai ouvert la librairie. Je voulais m’abstraire du monde, mais sans le quitter tout à fait. Etre au seuil de la réalité.

Le journaliste va revenir voir régulièrement Nabil. Mais depuis le 7 octobre 2023, plus de contact. Quand enfin , comme journaliste, il est autorisé à entrer dans le territoire en février 2025, il ne retrouve que ruines. La maison de Nabil n’est qu’un amas de poussière.

Rachid Benzine est un franco-marocain islamologue. Il a écrit plusieurs essais et des pièces de théâtre.

 

Pour la saison 2026-2027 : les réunions auront lieu le mardi à 14h, Chapelle des sœurs Noires :

29 septembre 2026

13 octobre 2026 exceptionnellement à la maison des associations salle 2

24 novembre 2026

15 décembre 2026

26 janvier 2027

16 février 2027 

23 mars 2027

13 avril 2027 exceptionnellement à la maison des associations salle ?

25 mai 2027

22 juin 2027

L’été est propice à la lecture. Alors que vous partiez ou pas, que vous soyez proches de la famille, des vos amis ou pas, il y a toujours un petit coin agréable pour lire un bon livre.

Hâte de se revoir !

Christian

CR du club de lecture : Les pages enchantées du mardi 23 juin 2026